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Les Aborigènes d'Australie

Avis important aux visiteurs et étudiants d'Aix: Ce document est le "résumé" du cours de DEUG / L1-L2 donné à Aix en Provence. En aucun cas, ce document peut-il être utilisé et compris indépendamment de ce qui a été dit lors de ce cours. Ce document doit uniquement servir d'aide à la mémoire.

Laurent Dousset

EHESS - CREDO (Marseille)
(Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
(Centre de Recherche et de Documentation sur l'Océanie)


Table des matières


Carte mentale...


LES ABORIGENES

et

L'ANTHROPOLOGIE


L'importance des Aborigènes

Dès les débuts de l'anthropologie, les Aborigènes occupent une place importante

Morgan: évolution des sociétés et les systèmes de parenté

Durkheim: le totémisme et la religion

Marx - Engels: le communisme primitif

Freud : le meurtre du père, le totémisme

(et bien d'autres: Lévi-Strauss, Radcliffe-Brown etc.)


Les tribus australiennes

(carte détaillant sommairement les "aires tribales" australiennes)

Plus de 500 tribus il y a 200 ans

Attention à la notion de tribu , qui a été définie dans un contexte Africain


Les familles linguistiques

Plus de 200 langues regroupes dans 28 familles linguistiques il y a 200 ans

Aujourd'hui, 30 langues ne sont pas en danger de disparition


Pourquoi cette importance?

Malgré le formidable nombre de tribus et la diversité linguistique il y a une unité australienne:

  • Toutes les tribus sont des chasseurs-cueilleurs
  • Un système religieux très similaire sur tout le continent, avec une place centrale donnée l'initiation et au totémisme
  • Des systèmes de parenté similaires

Les Aborigènes furent placés, avec les Hawaiiens, en bas de l'échelle de l'évolution des sociétés humaines


Les chasseurs-cueilleurs: définitions

  • Densité démographique faible
  • Le nomadisme / petits groupes locaux
  • Sociétés égalitaires et acéphales / absence de spécialisations / non-appropriation personnelle des ressources
  • Forte division sexuelle du travail
  • Absence de stockage
  • Absence de pratiques horticoles

Pour en savoir plus :

- STEWARD J.H. 1972 [1955]. Theory of culture change. The methodology of multilinear evolution . Urbana and Chicago: University of Illinois Press.

- TESTART A., 1985, Le communisme primitif. Economie et idéologie, Paris: Maison des Sciences de l'Homme.


Densité démographique et nomadisme

Densité démographique faible

Le nomadisme / petits groupes locaux

L'exemple du groupe dialectal des Ngaatjatjarra

Surface : 100,000 km2 (environ la Grèce continentale)

Population : 500+

Groupes régionaux : 6, eux-même divisés en une dizaine de groupes familiaux chacun


Absence de pratiques horticoles

Absence de stockage

Absence de jardins / cultures

Un jardin dans la Terre d'Arnhem, Mitchell Ranges, au sein de l'aire culturelle des Yolngu, 1971.

(Photographie N. Peterson)


Division sexuelle des tâches

Economie

Religion

Culture matérielle

Pour en savoir plus : TESTART A. 1986. Essai sur les fondements de la division sexuelle du travail chez les chasseurs-cueilleurs . Paris: Editions de L'EHESS



Causalités du "mode de production"

(mode d'exploitation des resources)



Problèmes de définition

Société égalitaire : fortement inégalitaires entre les âges et parfois entre les sexes

Nomadisme, densité démographique, petits groupes locaux : le paysage australien est varié.

- Ngaatjatjarra (dans le désert): une personne pour 200km2, soit 0,005 personnes par km2.

- Terre d'Arnhem, notamment chez les Gidjingali (0,77 personnes par km2), est supérieure celle retrouve chez les Baktaman de Nouvelle-Guinée (0,75 personnes par km2) qui sont des horticulteurs (voir Lourandos, 1980. Change or Stability: Hydraulics, Hunter-Gatherers and Population in Temperate Australia . World Archaeology, 2(3): 245-264.)

Division sexuelle : nombreuses sociétés

Absence de stockage/horticulture : contre-exemples: tubercules (igname), millet, tomates séchées

Pour en savoir plus

ARCAND B. 1988. Il n'y a jamais eu de sociétés de chasseurs-cueilleurs. Anthropologie et Sociétés, 12(1): 34-58.


Religion:

Le Dreaming ou Dreamtime
(Le Temps du Rêve)


Qu'est-ce?

Un ensemble de mythes qui racontent l'origine des choses

Un temps passé mais aussi présent

Des transformations importantes (terre et êtres)

Le mode de reproduction de la société (initiations) et des êtres humains (conception)


Tjilkamarta et l'origine de Yurntakurlta

Tjilkamarta voyageait par-là, provenant du nord-ouest et se dirigeant vers le sud-est. De campement à campement, Tjilkamarta était en train de suivre les traces des humains depuis plusieurs jours déjà sans avoir été capable de les rencontrer. Ayant trouvé un jour les cendres chaudes d’un foyer, il savait qu’il s’approchait des humains et se mit à les appeler : « Où sont les hommes, où sont les femmes, où sont les enfants ? » Or il ne reçut aucune réponse et continuait son chemin en suivant les traces (tjina) des humains, identifiant chacune d’entre elles. Parfois elles étaient floues, car les humains avaient mis des pantoufles de plumes d’émeu. Parfois aussi les traces se séparaient : celles des femmes et des enfants partaient d’un côté, celles des hommes de l’autre. Elles ne se rejoignaient que là où il avait été décidé d’établir un campement pour la nuit. Car les hommes partaient pour la chasse, tandis que les femmes ramassaient des fruits et graines. Puis, un matin après avoir marché toute la nuit, Tjilkamarta arriva à Yurntakurlta. Il entendit des voix et il aperçut les femmes assises autour d’un feu et des enfants qui jouaient.

Tjilkamarta s’approcha et demanda : « Vous êtes là, les femmes et les enfants. Mais où sont les hommes ? Qu’avez-vous fait des hommes ? » Les femmes lui répondirent d’une voix en pointant vers l’Est : « Ils sont partis par-là ». Ecoutant les femmes, Tjilkamarta se remit en route vers l’Est, mais, après une longue marche sans trouver les hommes ni leurs traces, il revint sur ses pas. De retour au campement, il demanda encore : « Où sont les hommes ? Ils ne sont pas allé vers l’Est ». Les femmes lui répondirent encore « Oh, alors ils sont partis par-là », et elles pointèrent vers le Sud. Tjilkamarta se remit en route et, comme la première fois, dût rebrousser chemin : il n’y avait ni hommes ni traces. C’est ainsi que les femmes envoyèrent Tjilkamarta dans toutes les directions et cela dura toute la journée.
Tjilkamarta, ne trouvant pas les hommes, se mit en colère. Il prit son bâton à fouir et commença par frapper le sol, tout en hurlant : « Où sont les hommes, où sont les hommes ? Les femmes m’ont envoyé dans toutes les directions, je les ai écoutées, mais je n’ai pas trouvé les hommes. »

Et il frappa si longuement et si violemment que ses coups creusèrent un trou dans le sable, un trou qui à chaque coup devenait plus profond. Le sable giclait et s’entassait sur le côté, formant une colline ; quant au trou, il devint Yurntakurlta. Tjilkamarta se fatigua et finit par s’en aller pour de nouvelles péripéties, abandonnant son bâton à fouir sur place que les femmes saisirent et gardèrent depuis.
Les hommes que Tjilkamarta chercha si longtemps et avec tant d’ardeur, quant à eux, sortirent du trou que celui-là avait creusé : ils grimpèrent de Yurntakurlta, l’un après l’autre. Ils étaient les hommes Tingari, car c’est la tjina tingari, la trace ou voie des Tingari, que Tjilkamarta cherchait.

Origine d'une géographie, de techniques et outils, des humains


COLONISATION

et

NATIVE TITLE
(revendications foncières)


Une longue histoire...

- 5 siècles avant JC: Pythagore: la terre est ronde. Contre-poids

- Ptolemy (env. 140 A.D.), Alexandrie: notion d'équilibre réapparaît.

- Les cartographes Européens du 16ème et 17ème siècle: une masse terrestre gigantesque dans l'hémisphère sud : la terra incognita ou terra australis

Gerardus Mercator, Atlas de 1587


...et d'immenses aspirations

L'espagnole Juan Luis Aris de Loyola écrit au Roi Philip III: "cette partie de la terre est aussi fertile et habitable que l'hémisphère nord".

Dès 1477, récit du voyage de Marco Polo: un pays nommé Locac qu'il plaçait 1000 miles au sud de Java. Un pays qui abonderait en richesses.

Bible justifierait l'existence de ce continent riche. Solomon construisait des navires qui partirent pour Ophir et en revenaient remplis d'or. Au 16ème siècle, on pense qu'Ophir devait se trouver dans le Pacifique.

Abraham Ortelius, Maris Pacifici, 1589

provincia aurifera (la province pleine d'or)

scatans aromatibus (une étendue avec des épices)


Quelques dates

1602 : Hollandais: première rencontre certaine et documentée avec la terra incognita

1606-07 : Torres passe entre la Nouvelle-Guinée et l'Australie

1606 : Hollandais Willem Jansz part pour découvrir avec plus de précision la Nouvelle-Guinée. Jansz longe la côte australienne dans le Golfe de Carpentaire

1616 : Hollandais dcouvrent la côte ouest du continent.

1642 : Nouvelle Zélande découverte par Tasman

1688 : William Dampier fut le premier Anglais à poser pied sur ce qui, présent, est appelée la Nouvelle Hollande (Nova Hollandia).

6 May 1770 : Capitaine James Cook atterrit à Bottany Bay, où se trouve Sydney aujourd'hui

1778 : 18 ans plus tard, les premiers bagnards anglais débarquent à ce même endroit et la colonisation Australienne prend son élan.


...la découverte décevante...

Wiltja (photo: N. Tindale, 1964)

BASEDOW H., 1925: The Australian Aboriginal

Situation de premier contact dans le Dsert de l'Ouest, 1956


Les principes de la colonisation: terra nullius

Le Capitaine Cook et les premiers colons savaient parfaitement que la terre qu'ils allaient occuper était habitée .

Les instructions de la couronne anglaise: occuper la terre étrangère non-peuplée sous le nom de sa Majesté le roi George III, ou, si la future colonie était déjà occupée, prendre possession avec l'accord des indigènes de rangs convenables.

Cook déclare sans négociation avec les Aborigènes en 1770 la côte Est australienne propriété de la Couronne: l'Australie sera une terra nullius , c'est-à-dire une terre inhabitée.

William Blackstone

Commentaries on the Laws of England , 1766.

Au dbut: la terre est propriété de l'humanité dans son ensemble: l'ombre

Après : Le travail crée une propriété permanente: habitations et travailler (délimiter) les champs

Culture = cultiver la terre . Ceux qui ne cultivent pas la terre n'ont pas de propriété, et n'ont pas de culture au sens sociologique du terme


Progression de la colonisation

Rapide dans les zones fertiles (bétail)

Lente ou absente dans les déserts et tropiques

Peu de considération pour les peuples indigènes

Affaires Aborigènes sont intgrées dans le ministère de la faune et de la flore

Deviennent citoyens après referendum en 1967 seulement

(cette carte représente [en gris] les surfaces qui sont "propriété privée" et qui ne sont donc plus "Crown Land". Elle montre l'implantation principale des colons)


Native Title

La décision de la Haute Cour dans le cas 'Mabo versus Queensland' en 1992 supprimait la doctrine de la terra nullius et reconnaissait les Aborigènes comme premiers occupants du continent (Native Title Act , 1993)

Désormais, les groupes Aborigènes peuvent revendiquer une "authenticité culturelle" sur un territoire non-occupé et espérer obtenir des droits sur leurs territoires traditionnels.

(en vert: les territoires qui ont été attribués sous le Native Title Act)

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