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les données généalogiques lors d'un terrain ethnologique
sur la parenté et l'organisation sociale

 

VERSION PRELIMINAIRE 

Laurent DOUSSET


toute copie partielle et/ou intégrale nécessite l'accord de l'auteur
 

copyright by
/droits réservés par the author/l'auteur, Jan. 1999


 Table des matières

Introduction
1) Le discours emic
2) Les pratiques réelles et les généalogies
Comment enregistrer les données
Comment traiter les données
La base de donnée généalogique
Les généalogies graphiques
3) Les Stratégies pragmatiques
Un mot de conclusion

Glossaire rudimentaire

 


Introduction

 

L'un des domaines les plus complexes, mais aussi le plus important et passionant dans la culture des Aborigènes d'Australie est la parenté. L'une des étapes fondamentales dans l'analyse d'un système de parenté est le recueil des généalogies. Cet article donne quelques conseils généraux pour le recueil et l'analyse du corpus généalogique.

Comment recueillir les généalogies, comment les enregistrer et comment les représenter pour pouvoir les analyser ?

Voici trois questions essentielles qui accompagnent et parfois tracassent l'ethnographe, l'ethnologue sur le terrain, surtout lorsque son sujet de terrain est la parenté et l'organisation sociale et lorsqu'il est donc nécessaire de dépasser le recueil de quelques simples éléments de généalogies qui accompagnent d'autres domaines du social, tel l'économique ou le technique.

Trois niveaux et donc trois réponses doivent être distinguées au préalable :

1) Le discours emic (ce que les gens disent et pensent de leur système de parenté, les règles qu'ils y associent et donc l'image "construite" de généalogies idéales ou idéalisées.

2) La réalité des pratiques qui sont quantifiables et représentables (les généalogies à proprement dire)

3) Les stratégies pragmatiques qui permettent d'avoir une emprise sur le point 1. Ce troisième point explique une déviance éventuelle entre les points 1 et 2. En d'autres termes, lorsque le point 3 est "nulle", c'est que le discours (point 1) est une description effective et exacte de la réalité quantifiable (point 2).

 

1) Le discours emic


Le discours emic sur les généalogies rejoint le discours emic sur le système de parenté, c'est-à-dire les règles de la filiation, de la descendance et de l'alliance (et de l'affiliation). Une expression comme "un homme doit toujours épouser la fille du frère de sa mère" est une prescription, fait donc partie des règles du système de parenté et donc influence le discours sur les généalogies (réelles ou construites/arrangées). Mais il s'avère que les régularités énoncées ne sont pas toujours suivies. Reprenons l'exemple.
Lorsque les gens disent : "un homme doit épouser la fille du frère de sa mère", une cousine croisée donc, mais que, en réalité, les alliances de mariage se font entre des cousins croisés mais non pas du premier degré mais à un degré éloigné (donc pas avec la fille du frère de sa mère, mais avec la fille d'une personne qu'il appelle frère de mère mais qui ne l'est pas d'un point de vue généalogique), c'est qu'il y a une disparité entre le discours emic et les généalogies réelles. Pour expliquer cette disparité, il faudra étudier ce que j'ai appelé les stratégies pragmatiques qui forment le troisième niveau dans le recueil et les analyses des généalogies.

Il est donc nécessaire de distinguer ce que les gens disent de ce qu'ils font et il est nécessaire de trouver des moyens appropriés pour recueillir et représenter (reproduire) ces deux domaines. La comparaison des deux domaines produit un résultat qui se trouve entre deux pôles extrêmes :

a) les gens font toujours ce qu'ils disent (les discours emic couvre entièrement les généalogies).
b) les gens ne font jamais ce qu'ils disent (les discours emic ne correspond jamais aux généalogies)

Dans le cas a), je dirai que les stratégies pragmatiques sont NULLES, ou que les stratégies pragmatiques équivalent aux règles du système de parenté.
Dans le cas b) je dirai que les stratégies pragmatiques sont INDÉPENDANTES, c'est-à-dire qu'elles intègrent elles-mêmes des règles qui dominent la réalité de la parenté mais qui ne sont pas énoncées.

Ces deux cas extrêmes n'existent probablement pas dans la réalité, qui est plutôt un mélange et une superposition subtiles des divers niveaux et domaines. Mais, afin de pouvoir recueillir de manière distincte ces domaines, il est nécessaire de déterminer les techniques ethnographiques et la représentation des résultats en fonction de ces deux pôles et non pas selon une moyenne floue et indéterminable.

Je ne consacrerai que quelques phrases au recueil du discours emic, parce que la technique employée est identique à celle utilisée pour d'autres domaines sociaux. Il s'agit de l'observation, de l'observation participante et de l'interview semi-dirigé. On notera que lorsque le discours est illustré par des exemples concrets par l'interlocuteur lui-même, c'est que les stratégies pragmatiques ne peuvent être NULLES, exceptée, bien évidemment, si l'exemple présenté est erroné.
Il est également impératif de distinguer le discours emic selon le sexe, car les hommes et les femmes ne possèdent souvent pas un point de vue identique sur le système de parenté, et selon les générations ou l'âge des interlocuteurs, car les anciens ont souvent tendance d'idéaliser (normaliser) leur pratique et de discréditer celle des plus jeunes.

 

2) Les pratiques réelles et les généalogies

Dans cette partie, je traiterai, à partir de mon expérience personnelle, deux domaines du travail généalogique. Le premier concerne l'enregistrement des données, le travail sur le terrain. Le second se consacrera à poser quelques principes et les expliciter par des exemples de méthode de traitement des données.

Comment enregistrer les données ?

L'enquête sur la parenté d'un groupe ou d'une société s'intéresse, certes, au discours emic des gens sur leur manière de classer les parents, de distinguer les affins des consanguins et de formuler des règles d'alliance et de descendance ou filiation : "je suis identique à ma mère et au frère de ma mère", "j'épouse une cousine", "je ne parle pas avec une belle-mère", etc.
L'anthropologie de la parenté à longtemps, explicitement ou implicitement, compris ce domaine comme étant le fondement de la parenté. Ainsi, Radcliffe-Brown, par exemple, interrogeait les gens sur leur système de parenté et leur généalogies sans, du moins pour l'Australie, procéder à une vérification systématique des données généalogiques obtenues ainsi. Lévi-Strauss, par la suite, fonde sa théorie sur les système formels des sociétés, leur terminologie et les règles énoncées, et ne s'intéressait guère à la pratique qui devait accompagner la théorie emic (qui devenait ainsi une théorie anthropologique).
En d'autres termes, l'anthropologie de la parenté s'est souvent restreint au point 1 énoncé dans l'introduction, aux apparences et discours indigènes sur leur système de parenté, évitant de développer le point 2 (les généalogies concrètes) et en conséquent le point 3 (les stratégies pragmatiques) du système de parenté d'une société.
Pourtant, c'est justement l'étude des généalogies concrètes et l'analyse des stratégies pragmatiques qui permet d'insérer l'étude de la parenté dans le champ plus large de la société, car si l'étude des systèmes formels est une étude de la parenté pour la parenté, l'étude des généalogies et des stratégies pragmatiques permet d'insérer la parenté dans les autres domaines du social, tel le politique, l'économie ou le symbolisme. Ce n'est donc que l'enquête des généalogies réelles ou concrètes qui permet de répondre, pour le dire de manière banale, à la question de savoir "à quoi sert la parenté dans la vie quotidienne ?".

Mais enquêter sur les généalogies n'est pas toujours chose facile et une certaine rigueur et méthode sont nécessaires. Voici quelques principes qui me paraissent indispensables :

1) Toutes les sociétés n'ont pas la même attitude envers les généalogies et il est nécessaire, en premier lieu, de s'aventurer dans une sorte de pré-enquête qui déterminera comment l'on procédera par la suite. Les options ou problèmes principaux sont :

La mémoire généalogique : de combien de générations les gens pensent utile ou nécessaire de se rappeler de l'identité exacte des individus ancêtres.

Le tabous : existe-t-il des tabous sur les généalogies, telle l'interdiction de prononcer les noms des morts, d'évoquer des belles-mères, de parler d'une femme enceinte, de parler de la reproduction sexuelle, etc.

L'affiliation : y-a-t-il des préférences d'affiliation qui pourraient fausser les généalogies ? Par exemple, est-ce que l'affiliation à un certain clan spécifique est considéré doté de prestige, accompagné alors du risque que les gens n'indiquent que les liens généalogiques qui permettent d'établir des relations avec ce clan et omettent d'autres ?

2) Toutes les sociétés ne sont pas intéressées de manière identique à leurs généalogies :

Le désintéressement : si les gens font preuve d'un désintéressement par rapport à leurs généalogies, il sera nécessaire de trouver un moyen indirect d'enquêter sur elles car les personnes perdent sinon trop vite la patience lors des interviews.

Les spécialistes : il y a des sociétés et des personnes parmi les sociétés qui sont considérées ou qui se considèrent comme les spécialistes généalogiques, comme la mémoire collective sur les ancêtres. Si de tels personnages sont d'une valeur inestimable pour le recueil des généalogies, il est pourtant impératif de vérifier les données et de les enrichir à travers des interview avec d'autres personnes. Les points de vue uniques, c'est-à-dire à partir d'un seul informateur, sont toujours dotés d'une subjectivité dont l'analyse fait partie du point 3 (les stratégies pragmatiques). Au contraire de ce que l'on pourrait penser, les généalogies ne sont pas une chose absolue et vraie, mais sont le résultat d'interprétations de relations biologiques et sociales souvent déjà approximatives et estimées.

 

Une fois ces quelques questions premières abordées, l'ethnographe passe alors au recueil des données généalogiques et il prendra soin de diversifier les informateurs selon le sexe et l'âge. L'observation participante n'est pas la méthode idéale pour ce faire et il me parait préférable de l'alterner avec des interviews semi-dirigés qui permettent d'obtenir une quantité de données suffisantes pour être vérifiées ultérieurement. Car, le problème principal dans le recueil des généalogies est la quantité de relations qualitatives. Une société est toujours dotée d'un certain degré d'endogamie, ce qui permet de "boucler" les généalogies. Si elles veulent être utiles à l'analyse, les généalogies doivent être aussi complètes que possible, c'est-à-dire que chaque individu doit être connecté à deux autres au moins par les liens suivant : l'alliance ou la filiation. Plus le nombre de personnes pour lesquelles ces deux liens sont connus ont été inventoriés, et plus les généalogies seront parlantes. Une personne inventoriée comme l'époux d'une autre n'ajoute aucune information supplémentaire au généalogies si les parents de cette personne ne sont pas connus. De même, ajouter les parents de cette personne aux généalogies n'apporte aucune information supplémentaire s'ils ne sont pas eux-mêmes connectés à d'autres personnes par d'autres liens.

Petite astuce

L'ethnologue touche là aux limites du recueil généalogique, notamment celles données par la mémoire généalogique. Mais ces limites sont souvent évitables. Prenons un exemple concret. Vous avez pu établir une chaîne de filiation et vous vous trouvez dans la génération qui correspond à la génération la plus ancienne dont les individus sont identifiés. Il devient alors difficile d'établir les liens entre cette chaîne de filiation et d'autres puisque vous ne pouvez pas déterminer si et comment les parents de ces ancêtres sont liés aux ancêtres des autres chaînes de filiation. Mais vous pouvez alors enquêter sur d'autres relations : par exemple, si la terminologie le permet, vous pouvez poser la question de savoir qui étaient ou sont les cousins croisés maternels du premier degré des ancêtres. Ainsi, vous ajoutez à la généalogie des liens qui seront indispensables dans l'analyse électronique de vos données. Pour ce faire vous ajoutez dans la base de donnée dans laquelle vous enregistrez les individus (voir un peu plus loin où je présente cette base), les individus suivants : la mère de l'ancêtre, la mère de la mère et le père de la mère de l'ancêtre, le fils de la mère de la mère de l'ancêtre et, enfin, vous établissez un lien de filiation entre ce fils et les cousins croisés maternels de l'ancêtre. Evidemment, ces personnes "fictives" ou inconnues ne recevront pas de noms dans la base mais seulement un numéro. Même s'ils ne sont pas identifiés concrètement, ils permettent toutefois de rendre compte de la relation entre l'ancêtre évoqué et ses cousins croisés maternels. Ce qui permettra à la génération suivante de déterminer s'il s'agit de cousins croisés du second degré, etc.

Vous devez maintenant, tout simplement, interroger les gens sur leurs généalogies, noter leur père, leur mère, leurs enfants, leurs époux et épouses, accompagné de toutes les informations supplémentaires dont vous pensez avoir besoin. Vous pouvez en même temps vérifier des éléments déjà recueillis en posant à d'autres personnes des questions identiques. L'interview peut prendre deux formes principales :

1) L'interview individuel

Les deux formes d'interview ont leur avantages et désavantages. L'interview individuel, me semble-t-il, est une méthode excellente pour vérifier des éléments déjà recueillis, car elle permet de travailler dans le calme, d'avoir une version personnelle, voir intime, des données déjà recueillies. Par contre, pour obtenir des données généalogiques brutes, l'interview collectif est préférable.

2) L'interview collectif

L'interview collectif consiste à poser des questions sur les généalogies en compagnie d'un groupe de personnes et non pas d'un individu isolé. La prise de notes sérieuses et propres sur les cahiers est une chose pratiquement impossible lors des interview collectifs (voir l'exemple d'un page suite à un interview collectif ci-dessous), car les personnes parlent en même temps, se contredisent, se corrigent etc. Il est donc préférable de limiter ces interview dans le temps afin que vous puissiez vous retirer par la suite et noter les éléments que vous n'aviez pas eu le temps d'inventorier pendant la conversation. L'interview apporte une grande richesse aux données généalogiques car elle permet de tracer les liens premiers mais propose aussi déjà les question que vous aborderez lors des interview individuels. L'interview collectif permet également de prendre note d'éléments du troisième domaine de l'étude de la parenté, les stratégies pragmatiques.

 

Généalogies dans carnet de terrain

Figure 1 : Extrait d'une page du carnet de terrain

Les éléments de généalogies représentés dans les carnets de terrains ne sont, du moins dans mon cas, inadéquats à une analyse approfondie et nécessitent une retranscription.

Pendant le recueil, il est important de noter le plus d'éléments énoncés possibles sous formes graphique (voir la figure ci-contre) et, sur la page opposée, par des explications et remarques (non représenté). Si vous intervenez trop souvent pour des précisions ou pour que l'interlocuteur ralentisse ou répète ses explications, vous risquez manquer des éléments importants qu'il aurait voulu exprimer mais qui, peut-être, seront omis par oubli ou par désintéressement lorsque la conversation dure trop longtemps.

Selon mon expérience, il s'avérait inutile de prolonger une discussion sur les généalogies au delà de 60 minutes, les informations données à partir de ce seuil étaient soit redondantes, soit abrégées.

Les symboles utilisés lors du recueil des généalogies sont ceux usuellement utilisés dans l'étude de la parenté:

 

 

D'autres symboles peuvent être utiles, comme par exemple les suivants:

 

 

L'utilisation systématique de ces symboles lors du recueil des données sur le terrain permettra de gagner du temps et donc de pouvoir noter plus d'informations que sans l'utilisation de symboles. Chacun trouvera ses abréviations et symboles en fonction de ses préférences, intérêts et les conditions du terrain. L'unique importance n'est en fait que celle qui consiste à utiliser toujours les mêmes symboles et abréviations pendant toute la durée du terrain. N'oubliez pas que, quelques mois plus tard, vous aurez déjà, justement, oublié beaucoup de choses si vous ne les avez pas notés soigneusement et de manière uniforme et systématique.

 

Comment traiter les données ?

Suite au terrain, la première étape est de mettre au propre les carnets de terrain, et ceci aussi rapide que possible afin d'éviter l'oubli d'éléments non notés ou que l'on croyait évident lors du recueil. Ces données doivent être retranscrites sous deux formes.
1) Une liste des personnes
2) Des généalogies graphiques

L'outil est évidemment l'informatique car elle permet, une fois les données entrées, des recoupements, mais surtout des corrections et ajouts sans que l'aperçu devienne illisible au fil du temps par une surcharge d'informations, tel qu'il en serait le cas avec des fichiers manuels. Pour ce faire, j'ai établit une base de donnée dont j'explique les principes ci-dessous. L'avantage d'une base de donnée est une recherche aisée des individus et critères, mais aussi la possibilité d'exporter ultérieurement les données pour d'autres programmes sans avoir à réécrire les informations.

La base de donnée généalogique

Il est impératif d'envisager dès le début l'ensemble des informations que l'on voudra enregistrer dans la base, mais un certain nombre d'éléments ou critères (champs) sont indispensables. En voici les principes.

Principe général: utilisez de préférences des numéros pour identifier les critères (numéro des individus, numéroter les clans, les villages etc.) afin d'éviter les erreurs de frappe que la base ne pourra détecter.

1) Identification de l'individu. Les noms personnels peuvent être choisis à ce sujet, mais ils s'avèrent peu efficaces lorsque les généalogies sont extensives et surtout lorsque des individus peuvent posséder des noms identiques, car chaque individu doit pouvoir être identifié de manière non ambigue. Des numéros sont plus utiles, me semble-t-il, et les bases de données donnent souvent la possibilité de définir le champ numérique comme "unique" (une seul fois chaque numéro par base) et comme une entrée de "série" (l'attribution des numéros est automatique; à chaque fois que vous entrez un nouvel individu, le numéro de série augmente de 1).

2) Le sexe. Réservez à ce sujet trois possibilités : Homme (abrégé souvent par M ou 1), Femme (abrégé par F ou 2) et "ne sais pas" (abrégé par U ou 0).

3) Le numéro du père (voir point 1) et celui de la mère (voir point 1). Ainsi, tous les individus ayant des numéros de père et de mère identiques sont des siblings (germains).

4) Le numéro de l'époux ou de l'épouse (voir point 1). Prévoyez plusieurs champs distincts pour les cas polygames, tel épouse 1, épouse 2 etc. Prévoyez aussi une manière de codifier s'il s'agit de co-épouses ou d'épouses successives.

Ceci pour les éléments minimaux. Mais d'autres s'avèrent utiles et les champs que vous choisirez dépendront essentiellement de votre sujet d'étude et de la société (du système de parenté) que vous étudiez. Des éléments supplémentaires qui me paraissent indispensables sont les suivants :

  1. Personne vivante, décédée ou "ne sais pas"
  2. Le niveau générationnel
  3. Les numéros des parents adoptifs
  4. Les noms personnels, alternatifs et surnoms
  5. L'affiliation à des unités de l'organisation sociale (clans, lignages, sections, totem)
  6. La résidence (pré maritale, post maritale)
  7. Le lieu ou site de naissance
  8. L'année de naissance
  9. Des renvois à des archives, interviews etc.
  10. L'année de mariage
  11. Des éléments de l'histoire de vie

etc.

Voici comment se présente une fiche individuelle dans ma base de donnée créé sous FileMaker Pro (toutes les informations écrites en bleu sont à entrer; toutes les informations écrites en rouge sont automatiques).

 

Explications:

Nom: Doit être tapé, champ texte.
Nom connu: cercle à option OUI/NON (codé 1, 0).
Nom Aborigène (indigène) connu: toutes les société n'ont pas les même normes en ce qui concerne la publicité de leurs noms. Cercle à option OUI/NON (codé 1, 0)
Numéro: automatique, numéro de série. Laurent est le 797ème individu entré. Numéro unique.
Autres noms et descriptions: surnoms, noms alternatifs etc.
Traduction du nom: lorsque le nom a une signification vernaculaire
Sexe: Cercle à option M/F (codé 1, 0).
Vivant: Cercles à option Oui/NON/? (codé 1, 0, 2)
Né en: Numérique
Age: calculé en fonction du champ "Né en".
Tranche d'âge: calculé en fonction du champ "Né en".
Section: pourrait être toute autre valeur : clan, lignage, etc. (Liste de valeurs proposées lorsque l'on clique le champ afin d'éviter des erreurs de frappe).
Nom de père: automatique (voir plus loin)
Numéro du père: à entrer, correspond au numéro de série attribué au père.
Nom de la mère: automatique (voir plus loin)
Numéro de la mère: idem "père".
Adopté par femme: automatique (voir plus loin)
Mère adoptive no: numéro de la mère adoptive.
Conjoint numéro 1 à 5: numéro du conjoint.
Conjoint nom 1 à 5: entrée automatique (voir plus loin)
Génération: cercle d'option suivant liste de valeurs de l'ensemble des niveaux générationnels possibles
Référence à fichier généalogique: ici est inscrit le numéro de la page généalogique où se trouve la personne. 1 ère ligne: parents; 2ème ligne beaux-parents et épouse; 3ème ligne: enfants.
Kalyartu, numéro et nom: relation spécifique à la société étudiée
Remarques: histoire de vie, etc., champ texte extensible à "l'infini".
Archive: numéros des pièces d'archives
Créé le: date de la première entrée de la fiche (automatique)
Modifié le: date de la dernière modification de la fiche (automatique).
Valider: champ numérique nulle (pas zéro) ou 1 (voir ci-dessous).

Les boutons en bas de page permettent d'accéder à une page où sont demandé:

1) Lieu de naissance et de résidence, maison d'habitation ou campement et la carte du village
2) Photographies éventuelles et si possibles scannées de la personne.
3) Recherche de tous les enfants de la personne (toutes les fiches qui ont comme numéro de père/mère le numéro actuel - attention au sexe lors de la définition du scripte).
4) Voir sa famille matrilinéaire : construction automatique d'un arbre généalogique restreint avec la parentèle maternelle.
5) Voir arbre généalogique : ouvre les fichiers graphiques indiqués dans le champs "Référence à fichier généalogique".

 

Petite astuce

Un certain nombre de données sont entrées automatiquement, telles les noms du père et mère et du conjoint. Ceci est associé au bouton Valider en bas à droite de la page. Il est, en effet, utile de connaître le nom des personnes, et non pas seulement leur numéro, en cas de vérification et de la représentation graphique des généalogies. Afin que le nom d'une personne soit automatiquement inséré dans le champ correspondant (mère, père etc.) suite à l'entrée de son numéro, le petit procédé suivant à été utilisé.

Lorsque cous créez votre base de donnée avec tous les champs que je viens de présenter et avant d'y introduire le premier individu, créez une seconde base reliée à la première. Dans cette seconde base vous ne définirez que les deux champs suivants: numéro et NOM (ceci est le procédé le plus simple, si vous êtes familiarisé avec les bases relationnelles vous ne pouvez créer que le champ numéro). Le numéro doit être un champ numérique, entrée automatique, numéro de série (définit de manière identique au numéro de l'individu dans la base principale). Définissez dans la base principale un bouton nommé VALIDER et un champ numérique ou booléen nommé validé. Le bouton doit être associé au script suivant : lorsque l'on clique le bouton et que le champ validé est NULLE ou zéro (FALSE), alors copier le contenu du champ nom, aller vers le fichier secondaire, créer une nouvelle fiche et coller dans le champ NOM le texte copié; retourner vers le fichier principal et changer la valeur du champ validé en 1 (ou TRUE). Ensuite, reliez les deux fichiers à travers les numéros et faites insérer dans chaque champ le nom correspondant. Ainsi, lorsque vous taperez par exemple le numéro 25 dans le champ numéro du père, la base cherchera dans la base annexe à quel nom ce numéro correspond et l'insère dans le champ Nom du père.

Attention: ceci ne fonctionne que si à chaque fois que vous avez entré une nouvelle fiche et ajouté le nom de la personne, vous cliquez sur le bouton valider. Si, ultérieurement, vous changez des éléments dans la fiche, ou en ajoutez, il n'est plus nécessaire de cliquer valider si le champ validé est déjà d'une valeur de 1. - N'oubliez pas que chaque individu doit alors non seulement avoir un numéro, mais aussi un nom. Si vous ne connaissez pas le nom d'une personne, entrez en un en fonction des éléments dont vous disposez. Par exemple, pour un homme qui est le père de Laurent et dont vous ne connaissez pas le nom, entrez F-Laurent (F pour father).

 

 

Les généalogies graphiques

Une fois les individus présents dans la base de donnée, vous devez aussi représenter les généalogies sous forme de graphiques. Utilisez, pour ce faire, un logiciel de dessin vectoriel dans lequel vous créez un bibliothèque de symboles que vous pourrez insérer au fur et à mesure, tel pour les hommes, les femmes, les alliances etc.

Créez également une page vide dans laquelle vous dessinez tous les éléments qui doivent paraître dans chaque page généalogique, tel le titre, les tracés pointillés séparant les générations etc., et enregistrez cette page comme MODELE afin de pouvoir la rappeler à chaque fois que débutez une nouvelle page généalogique.

L'exemple ci-dessous est un extrait d'une telle page. Elle a été faite avec ClarisDraw

 

Retranscription des éléments généalogiques

Figure 2: Extrait de la retranscription de la figure 1

NOTA:
Les appellations des niveaux générationnels sont inversées ici, sans raison particulière d'ailleurs (exceptées personnelles qui n'ont pas lieu d'être explicitées ici). Usuellement, la génération des parents et nommée G+1 (ici G-1) et la génération des enfants G-1 (ici G+1).

Niveaux générationnels : ils sont indispensables lorsque vous vous trouvez dans un système classificatoire, mais très utiles dans tout système de parenté. A ne pas confondre avec l'âge des personnes (voir à ce sujet l'article de Testart, 1995).

Titre: Utile s'il fonctionne comme un résumé de la page. Le numéro est indispensable afin de pouvoir identifier les renvois. Les numéros entiers renvoient à une branche principale, les sous-numéros à la filiation de la branche. Ici, le principe patrilinéaire a été choisit : les enfants de l'homme 772 à la page 13 se trouvent dans la page 13.1; les enfants de l'homme 183 dont les parents se trouvent à la page 11, se trouvent à la page 11.2.

Numéro des personnes: identiques à ceux donnés dans la base de donnée. Les noms ont été omis ici pour des raisons évidentes, mais seraient à rajouter au dessus du numéro.

Les renvois: la dimension des pages étant physiquement limitée et l'accolement de pages les unes aux autres perturbant visuellement l'appréhension des généalogies, il me semble préférable de fonctionner par renvoi.

Les numéros de page de généalogies sont à entrer dans la base de donnée auprès des individus correspondants afin de faciliter la recherche.

 

3) Les Stratégies pragmatiques

Les stratégies pragmatiques ne font pas l'œuvre de discussion dans cette page qui se veut méthodologique et non pas analytique. Le principe de l'étude des stratégies pragmatiques revient à comparer le discours emic avec les généalogies collectées, d'en déterminer le degré de disparité et d'essayer d'en donner des explications.

Un certain nombre de questions doivent être appréhendées à ce sujet:

Est-ce que les hommes épousent les femmes qui leur ont été promises ?
Est-ce que les femmes savent de qui et à qui elles ont été promises ?
Est-ce que les femmes expriment les même règles d'alliance et de filiation que les hommes ?
Est-ce que les alliances recueillis dans les généalogies suivent effectivement les principes énoncés ?
Est-ce qu'il y a d'autres idéaux ou régularités sur l'alliance de mariage que ceux énoncés dans le discours ?
Est-ce qu'il y a d'autres idéaux ou régularités sur la filiation ?
Est-ce qu'il y a des enjeux politiques ou économiques liés à l'alliance et à la filiation ?
Est-ce qu'il y a une tendance de s'identifier à un ou quelques ancêtres spécifiques et pourquoi ?
Est-ce que d'autres critères influencent les liens généalogiques, tels l'affiliation territoriale, la résidence, etc. ?
ETC.

 

Un mot de conclusion

Le recueil des généalogies est une entreprise autrement plus passionnante et vivante que celui des uniques règles formels énoncés. Souvent, recueillir des informations généalogiques est une manière d'aborder la société, une première étape qui permet aussi de connaître les gens et leurs relations, indispensable au bon déroulement d'un terrain. Il permet de recenser les hommes non seulement comme des objets de systèmes à première vue immuables et holistiques, mais de rendre compte de leur humanité, c'est-à-dire de leurs mariages, divorces, remariages, préférences de personnes, adoptions, fosterage, préférences d'affiliations, changement de résidence, etc.

Mais les généalogies collectées ne peuvent en dire plus sur la société que si elles sont recueillies avec système et un souci du complet le plus grand possible. Il est alors nécessaire de développer des techniques d'enquête et des méthodes de transcription des informations qui son claires et illustrantes, car, si le travail est soigneusement effectué, la masse des données dépasse rapidement le pouvoir de mémoire de l'ethnographe.

Mais les généalogies sont également importantes pour les populations elles-mêmes. Peut-être pas aujourd'hui, mais certainement demain. L'identité d'un groupe dépend souvent de sa connaissance de ses origines et de sa capacité de pouvoir retracer les liens généalogiques. Ainsi, enquêter sur les généalogies aujourd'hui c'est aussi créer un document historique pour demain.

 

Laurent DOUSSET, le 31 Janvier 1999, tous droits réservés


Glossaire rudimentaire

 

emic (retour au texte)

La notion "emic" s'oppose à "etic". Emic peut être résumé comme la théorie indigène, etic comme la théorie "absolue" ou extérieure (en fait la notre). Par exemple, lorsque l'indigène dit que la lune est un ancêtre, il s'agit de la théorie emic; la théorie etic est celle qui décrit la lune comme un satellite de la terre.

cousin croisé (retour au texte)

Les cousins croisés sont les enfants de parents de germains de sexe opposé à ses propres parents. Les cousins croisés sont distingués selon leur degré. Ainsi, une cousine croisée du premier degré est soit la fille du frère de ma mère, soit la fille de la sœur de mon père. La cousine du second degré et la fille de la fille du frère de la mère de ma mère, et ainsi de suite.

Usuellement les abréviations anglaises sont utilisées:

MBD et FZD sont des cousines croisés du premier degré (Mother's Brother's Daughter et Father's Sister's Daughter. (La sœur est notée Z pour ne pas être confondue avec S - son/fils)
MBS et FZS sont les cousins croisés du premier degré (Mother's Brother's Son, etc.)
MMBDD (cousine croisée du second degré.

Les cousins croisés s'opposent aux cousins parallèles (enfants issus de germains de mes parents de sexe identique, tel FBS (Father's Brother's Son). Dans de nombreuses sociétés, les cousins parallèles sont traités et appelés comme des germains, alors que les cousins croisés sont des affins potentiels : on épouse une cousine croisée mais pas une cousine parallèle.

endogamie (retour au texte)

Endogamie signifie "épouser en dedans". Elle s'oppose à l'exogamie qui signifie "épouser en dehors". Lorsque, par exemple, la règle est d'épouser une femme d'un autre village, il s'agit d'une exogamie de village ou résidentielle etc. Lorsque la règle est d'épouser quelqu'un du même village, de la même langue, etc., il s'agit d'une règle endogamique.

 

Base de donnée relationnelle (retour au texte)

Une base de donnée relationnelle est une base qui est reliée à une autre base à travers des données fournies dans la première. Par exemple, si vous avez une base A comportant les noms et adresses de personnes et une base B comportant votre courrier, lorsque vous entrez dans la base B le nom de la personne à laquelle vous écrivez une lettre, elle cherchera automatiquement son adresse dans la base A. Ceci est évidemment un cas très simple de base relationnelle. Un exemple plus complet est présenté dans la base AusAnthrop qui est en cours de développement dans laquelle de multiples fichiers sont mis en relations comportant des informations aussi diverses que les noms, lieux, techniques, nomenclatures de parenté etc. des tribus australiennes.

 

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